Trois questions à… Vincent You, Vice-Président de Grand Angoulême

« Les agriculteurs, premières victimes de l’ambroisie ». À l’automne 2018, Vincent You a mené pour l’AMF 16 une enquête sur les plantes invasives en Charente. Il poursuit sa mission d’information auprès des élus et des organismes concernés pour prévenir le risque sanitaire et économique que représentent les espèces invasives.

L’ambroisie est une plante connue pour être la cause de maladies respiratoires et elle provoque des pertes de rendement chez les agriculteurs. Un collectif d’élus locaux de Charente et de la Drôme a été créé pour donner l’alerte. Quelles dispositions peuvent être prises pour empêcher la propagation de l’ambroisie ?

Vincent You : Le nombre de signalements d’ambroisie a augmenté de 25 % avec plus de 8000 alertes au 30 août 2019 contre 6000 en 2018 selon le Réseau National de Surveillance Aérobiologique. Si l’ambroisie se propage sur tout le territoire au même niveau qu’en Rhône-Alpes, cela représenterait 329 millions d’euros de soin de santé et 5,3 millions de personnes touchées. Un plant d’ambroisie, ce sont 3000 graines qui peuvent se dispatcher partout sur le territoire. Il est urgent d’agir avant qu’elles ne se propagent davantage. Notre région est aujourd’hui la deuxième la plus concernée. C’est la raison qui nous pousse à mettre en place un suivi des espèces invasives et l’organisation de missions d’information auprès des élus. Ce sont des impacts sur la santé mais aussi sur le rendement de l’agriculture et l’environnement. Un arrêté a été pris il y a plusieurs années en Charente. On est allé voir les élus, commune par commune. L’objectif est de demander aux élus de rentrer dans le débat, aujourd’hui il est seulement l’affaire d’agences très spécialisées qui ont du mal à se faire entendre. Il faut faire une alliance contre les espèces invasives. Des élus de la Drome, qui est fortement touchée, ont lancé Stop Ambroisie. Des élus de Charente ont rejoint l’association.

Comment peut-on coordonner les actions de prévention sur la santé ?

Nous voulons créer un outil d’alerte en cas de pollution biologique. Nous devons faire reconnaître la pollution aérobiologique au même niveau que la pollution chimique, car les polluants organiques altèrent la qualité de l’air, au même titre que les polluants chimiques. On manque de relais pour diffuser l’information au niveau régional. On fait des mesures à Angoulême, mais il n’y a rien pour mesurer l’impact sur la santé entre Angoulême et Bordeaux ni entre Angoulême et La Rochelle. Il faut ensuite une mesure technique… La réglementation en matière de santé est éparpillée dans une multitude de codes sous différentes responsabilités. Avec une conséquence : l’action de l’État est morcelée. Il n’y a pas de bras armé de l’État pour traiter la question. Une solution serait de reconnaître les plantes du type de l’ambroisie comme étant nuisible à l’agriculture. Cela permettrait de simplifier le passage à l’action et d’indemniser les agriculteurs qui en sont les victimes économiques. Quand un agriculteur fait face à un problème d’ambroisie, il a la responsabilité d’empêcher la propagation. Il doit être réactif mais le paramètre économique pour l’exploitation n’est pas pris en compte. Les agriculteurs sont les premières victimes de l’ambroisie. Cela pose aussi la question de la gestion des espaces. Des terres qui restent en friche sont propices à l’installation d’espèces invasives. Le BNIC nous a fait remonter ses interrogations car il craint que l’ambroisie réussisse à s’installer dans les vignes. La lutte est essentiellement incitative. Elle doit devenir véritablement obligatoire et aller plus loin que quelques arrêtés départementaux. Nous devons travailler ensemble. Le comité technique de l’Observatoire des Ambroisies organise une réunion publique d’information le 22 octobre à 17 heures dans les locaux de l’ARS à Angoulême.

Pourquoi proposer une alliance contre les espèces invasives ?

Les maires se retrouvent seuls face à ces problématiques quand on trouve de l’ambroisie sur leur commune sans avoir les informations nécessaires. Pourtant, il faudrait revoir les compétences des différentes collectivités. Le réseau est développé en Charente mais pas en Dordogne et la différence est visible dans la capacité d’intervention des élus. Pourtant, les maires ont l’obligation d’intervenir. Mais même là ce n’est pas clair sur les compétences selon les terrains. Nous avons eu 10822 signalements en 2019 et le comptage n’est pas terminé. Nous allons profiter des élections municipales pour informer les nouveaux élus. Nous bénéficions du soutien de l’Association des Maires de France 16. Le problème généré par les espèces invasives ne se limite pas à l’ambroisie. Il y a aussi le Datura. Quand il est présent dans des ensilages, ça veut dire retirer des produits de la vente. Il est urgent d’agir avant que ces plantes ne se propagent encore davantage.

(Source : La Vie Charentaise, 17 octobre 2019)

Auteur de l’article : AEI