Dans les Deux-Sèvres, l’invasive ambroisie devient un enjeu politique

La sécheresse de cet été 2019 n’a pas ralenti l’ambroisie. Au point que des élus somment désormais l’État de prendre enfin la lutte à bras le corps.

Arrivée clandestinement en France à la fin du XIXe siècle, l’ambroisie n’a depuis cessé de s’étendre, devenant une véritable plaie tant pour les agriculteurs dont les champs sont envahis que pour les personnes allergiques à son puissant pollen (dans la seule région Auvergne-Rhône-Alpes, on comptait en 2017 quelque 660.000 allergiques).

Récemment, un collectif d’organismes engagés dans le suivi et la lutte contre cette plante invasive a dressé le bilan de la saison 2019. Ces observateurs ont notamment retenu que non seulement l’été caniculaire n’a pas perturbé l’ambroisie mais il lui a peut-être même été favorable : au 31 août, la plateforme de signalement en ligne www.signalement-ambroisie.fr avait en effet enregistré plus de 8.000 déclarations, soit 25 % de plus qu’en 2018.

Un épicentre en Charente

En Nouvelle-Aquitaine, loin devant les Deux-Sèvres qui n’ont fait « que » cinquante-quatre signalements, le département ayant recensé le plus grand nombre de signalements est la Charente (202). Ce n’est donc pas un hasard si l’épicentre d’une résistance nouvelle a été installé cet été à Angoulême, à l’initiative de Vincent You, adjoint au maire de la Ville. Également vice-président de Grand Angoulême en charge du plan local d’urbanisme intercommunal et des questions d’agriculture, c’est à ce titre qu’il a mesuré le désarroi des agriculteurs et des élus locaux face à la problématique de ces espèces invasives. « Pour y réfléchir et faire un point sur la situation, nous avons rassemblé les grands spécialistes de la question, explique-t-il. C’est dans ce contexte que nous avons décidé de créer l’Alliance contre les espèces invasives. »

Éparpillement

Si cette « AEI » a vu le jour, c’est beaucoup en réaction à l’éparpillement contre-productif des outils de lutte : « Il y a des petits bouts de réglementation un peu partout, constate Vincent You, mais il n’existe pas une action complète et puissante de la part de l’Etat ou des collectivités. »

Aussi, la toute nouvelle Alliance contre les espèces invasives porte trois revendications : la première concerne les outils de mesure. « Notre pays est parfaitement capable de mesurer la pollution chimique atmosphérique et, en fonction des pics, de déclencher des mesures automatiquement, comme la circulation alternée. En revanche, il n’y a pas l’équivalent pour les pollutions aux pollens et aérobiologique qui ne sont contrôlées qu’en soixante-dix points en France. Nous devons donc nous doter d’un outil capable de prendre en considération l’intégralité de ces pollutions. »

Rendre la lutte obligatoire et l’indemniser

Vincent You sait aussi que, en l’état actuel de la réglementation, qu’il affirme inappropriée et éparse, les agriculteurs qui luttent contre l’ambroisie en l’arrachant consciencieusement dans et aux abords de leurs parcelles, doivent en porter seuls les conséquences économiques : « Celui qui n’agit pas laisse la plante s’éparpiller, celui qui agit est contraint de le faire à ses frais, c’est bien que quelque chose ne fonctionne pas correctement. » Aussi, dans l’idée d’ouvrir les indemnisations à ces agriculteurs en lutte, l’AEI plaide demande que l’ambroisie soit officiellement reconnue comme « nuisible à l’agriculture ».

Enfin, Vincent You note que les élus locaux ne mettent pas tous la même énergie dans la lutte contre les plantes invasives : « Il faut donc décider quelle collectivité doit être responsabilisée sur ce sujet. Il ne s’agit pas de désigner les seules communes mais il faut assurément créer une obligation d’action. »

(Source : La Nouvelle République, 28 octobre 2019)

Auteur de l’article : AEI