Ambroisie : savoir anticiper, même dans les « zones vertes »

        L’allergie à l’Ambroisie est souvent sévère avec des conséquences sanitaires et économiques considérables. La plante se développe essentiellement autour du 45ème parallèle en Europe et en Amérique du Nord. En France, elle est très bien connue en Rhône-Alpes et menace de plus en plus les autres régions, sa progression étant facilitée par le changement climatique.

         En effet l’augmentation de la température et du CO2 dans l’atmosphère entraînent une précocité et un allongement de la saison pollinique (autrefois contenue en août-septembre), une hausse des concentrations de pollens (surtout dans  les zones de front), et une modification des aires de répartition avec translation du sud vers le nord ainsi qu’une extension en altitude. Enfin, la pollution atmosphérique plus forte entraîne une augmentation de l’allergènicité des pollens.

        Selon les chercheurs du CNRS, du CEA, de l’INERIS et du RNSA, les concentrations de pollen d’ambroisie pourraient quadrupler en Europe à l’horizon 2050.

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Buisson d’ambroisie au pied de ND de Paris, 23 oct 2019

Sortie de terre en avril-mai sous forme de plantules, l’ambroisie va croître rapidement en juin-juillet pour former des touffes hautes (80 cm en moyenne mais peut aller jusqu’à 2 mètres), dont les fleurs, complètement formées fin juillet, pourront émettre le pollen allergisant début août et jusqu’à l’automne.

                       Beaucoup d’obstacles compliquent la prise en charge des allergiques à l’ambroisie. En zone impactée, près de 25 % de la population est gênée, alors qu’il y a pénurie de généralistes et d’allergologues et que, malheureusement, il persiste une méconnaissance générale des risques de l’allergie : on estime ainsi que 50% des allergiques à l’ambroisie n’ont ni diagnostic ni traitement. On sait par ailleurs qu’un bilan allergologique n’est réalisé que chez 10% des patients et après un délai moyen de 7 ans.

     Il est donc impératif de réagir en organisant par exemple une éducation préventive et thérapeutique , qui pourrait être relayée par les médias.

     Cette éducation porterait sur les risques sanitaires, la connaissance de la plante et des principes de prévention personnels et environnementaux, le repérage des signes évocateurs, la gestion de l’automédication, en attendant l’indispensable consultation auprès du généraliste puis de l’allergologue.

    Tout le monde connaît la rhinoconjonctivite associant les éternuements en salves, la rhinorhée acqueuse et profuse, le prurit nasopalatin féroce, l’obstruction nasale, le larmoiement des yeux rouges qui démangent et l’oedème conjonctival et/ou  la trachéite incessante, la dyspnée sibilante, le prurit cutané… mais peu font le lien entre l’asthénie majeure et les troubles constants du sommeil et les mauvaises performances professionnelles, domestiques, scolaires, les nombreux arrêts de travail, le risque accru d’accidents de la route… et mesurent encore moins les conséquences à moyen et long terme : rhinite et asthme persistants, inflammation chronique, infections post saisonnières…

    Même si les gestes de sécurité vis-à-vis du Covid-19 auront probablement un effet bénéfique sur l’inhalation de pollens, il est important de rappeler les mesures préventives à l’échelon individuel, en tenant compte de la date, du lieu, de la température, du vent et des comptes de pollens publiés par le RNSA  : limiter les sorties en plein vent en zone infestée, rappeler le rôle aggravant de l’effort tel que la course à pied, porter des lunettes, un couvre chef et des vêtements couvrants, se laver les cheveux avant de se coucher, ne pas faire sécher le linge dehors, user et abuser du sérum physiologique dans le nez…

L’autogestion thérapeutique en suivant les conseils du pharmacien est tout à fait possible : collyres apaisants, larmes artificielles, cromones, antihistaminiques… Mais bien sûr le besoin de corticoïdes, de bronchodilatateurs ou autres antiasthmatiques nécessitent absolument une visite chez le médecin, voire aux urgences.

L’éducation préventive doit souligner l’importance du bilan allergologique : en plus de l’interrogatoire spécialisé, examens cliniques et fonctionnels, les tests cutanés doublés ou  non de dosages d’IgE spécifiques sont indispensables pour repérer les candidats à l’immunothérapie spécifique (ITS).

L’Observance et l’adhésion thérapeutique ultérieure seront d’autant meilleures que le patient aura compris en amont l’originalité très particulière de l’ITS : en rééduquant le système immunitaire par l’induction d’une nouvelle tolérance vis à vis de l’allergène, l’ITS  est le seul traitement capable de modifier l’histoire  naturelle de la maladie : la rhinite n’évoluera pas vers l’asthme, il n’y aura pas de nouvelles sensibilisations.

Il y a beaucoup de points forts dans l’ITS à l’ambroisie : les indications sont larges, quelque soit l’âge ; la voie sublinguale a remplacé la voie injectable et est donc plus facile d’utilisation, en pré- et co-saisonnier, plus efficace (en lien avec les particularités de l’immunité buccale, physiologiquement plus tolérante) plus sécure (pas d’effets systémiques, effets secondaires locaux bénins) et avec peu de contre-indications (désordres immunitaires, cancers).

Mais aussi des points faibles : l’ITS à l’ambroisie ne fait pas « disparaître » l’allergie ; elle n’empêche pas la consommation de médicaments si nécessaire ; c’est onéreux… mais remboursé et finalement économise beaucoup de dépenses liées à la santé des allergiques non traités.

L’efficacité de l’ITS à l’ambroisie se mesure à la diminution significative des scores de symptômes et/ou de consommation médicamenteuse par rapport à l’état antérieur. Elle doit être positive dès la première année et globalement les résultats sont plutôt meilleurs que dans les autres pollinoses : l’échec n’excède pas 20% des cas.

Martine Grosclaude, pneumoallergologue  ER, membre du comité technique de l’Observatoire des Ambroisies, présidente du GAICRM (groupement d’allergologie du Rhône Moyen).

Auteur de l’article : AEI